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Difficile de bloguer le jour des sélections - défi permanent au calme et au repos -, on le sait depuis l'année dernière... Une fois n'est pas coutume, c'est à mi-chemin entre les sélections et la finale qu'on rédige cet ultime billet de la semaine. A distance de la tempête des résultats de samedi et encore loin de celle qui ne manquera pas de se produire ce soir... Une légère entorse au principe du direct...

Hier donc, sur la scène du Théâtre de Beaulieu, les candidats ont tous eu droit à leur petit quart d'heure de gloire... Un peu moins tout de même si l'on additionne la durée des deux variations imposées, mais seule la symbolique importe ici... Matinée consacrée aux plus jeunes, après-midi pour les plus âgés, deux filles, un garçon le matin, deux garçons, une fille l'après-midi, la variation classique d'abord, sur fond bleu, la variation contemporaine ensuite, sur fond rouge-orangé, voilà pour le détail suisse de cette longue journée, conclue par le  cérémonial de la proclamation des résultats donnés, comme prévus, à 20h pile. Précédé des habituelles annonces faites dans diverses langues, sans doute un supplice interminable pour tous les candidats...

Coppélia, les Ombres de La Bayadère (de préférence la troisième), la variation de La Fille mal gardée, on l'a déjà dit, se taillent la part du lion chez les 15/16 ans, tandis qu'Aurore, Kitri, Désiré, Albrecht et surtout James, rare ces derniers temps, sont plébiscités chez les 17/18 ans. 2010 est une année danoise, on le sait, Frank Andersen est le président du jury, mais au-delà, réjouissons-nous de ce choix accidentel :  voilà de la vraie technique qui ne ment pas, où l'esbrouffe et le clinquant ne pourront jamais suffire à pallier les insuffisances...

Découverte, après un petit aperçu lors des répétitions, des variations dites « contemporaines » de Cathy Marston et Christopher Wheeldon... Deux styles chorégraphiques bien différents, très terrestre et même terrien pour la première, lorgnant plutôt franchement du côté du néo-classique pour le second... On a beau faire connaissance avec ce répertoire, on reste toutefois un peu perplexe, à vrai dire, face à nombre de prestations, toutes variations confondues. De jolis pieds, de jolies mains, de jolis bras, mais est-ce là la question?... Ceux qui parviennent à s'emparer vraiment de cette nouvelle gestuelle, en l'investissant d'une signification et d'une vie, n'en ressortent alors que plus brillamment au sein de la compétition... Un peu à l'image de l'ensemble de ces sélections d'ailleurs : pas vraiment de milieu cette année, les abonnés pour la finale ne devraient pas être trop difficiles à trouver... avec quand même beaucoup de garçons dans la balance...

Pour terminer, la petite image du jour : à l'arrière-scène, une étoile du Royal Ballet, Edward Watson, s'échauffe à la barre, tout habillé de blanc... Demain, durant le spectacle d'entracte, il doit danser avec Leanne Benjamin le pas de deux de Manon, de Kenneth MacMillan. A propos, Leanne Benjamin a remporté le Prix de Lausanne en 1981... On compte les années et ça donne un peu le vertige... Durant la longue attente des résultats, des moniteurs installés un peu partout nous renvoient les images de leur répétition filmée sur la scène. Histoire de rappeler à tous que le concours n'est qu'une étape, la première...

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Derniers préparatifs

En cette ultime journée de préparation, l'atmosphère devient fébrile à l'arrière-scène du théâtre de Beaulieu... Entre échauffement intense et attente inquiète, on sent chez les candidats la fatigue poindre autant que l'excitation se répandre, les larmes retenues des uns se mêler aux sourires de joie des autres... Certains préfèrent encore dissimuler leurs émotions, ne révélant rien, se réservant sans doute pour la suite... On jette un coup d'oeil à l'ordinateur et aux photos du jour - histoire de se détendre un peu -, avant de pénétrer dans la gueule du lion, sur la scène ou dans un studio, pour l'avant-dernier réglage auprès des répétiteurs... Les costumes rutilants commencent à se déployer, les familles de se regrouper, les photographes et les journalistes d'affluer... Pas de répit du côté de la salle de presse, qui retentit sans cesse de sonneries de téléphone : certains exigent déjà le nom du gagnant, se réservant l'interview par avance... Mais trêve de choses vues et entendues : demain, on le sait, c'est le grand jour, celui où chacun pourra vivre son quart-d'heure de gloire!...

Plus concrètement, la journée a commencé tôt pour tout le monde. Première barre à 8h pour les garçons. Dès 9h15 débutent sur scène les répétitions des variations contemporaines. Les candidats sont regroupés en fonction de leur choix de variation, répétant tous ensemble une première fois avant de livrer individuellement leur prestation, sous l'oeil attentif de la chorégraphe, bloc-notes à la main. Cathy Marston est là pour corriger les erreurs et donner du sens à une gestuelle abstraite, parfois désincarnée pour des adolescents. Pénétrer la musicalité de l'oeuvre, fixer la trajectoire d'un mouvement, soutenir l'impulsion d'un geste. L'après-midi, c'est le tour de Christopher Wheeldon représenté à Lausanne par Jackie Barrett. A cette heure, Stravinsky résonne encore dans le théâtre...  Pour sûr, ça nous change de Minkus.  

Du côté du classique, Viviana Durante transforme le grand studio, à la mezzanine noire de monde, en un sanctuaire irréel où l'on ose à peine murmurer un mot à son voisin. Prière de ne pas déranger les artistes au travail! En bas, la répétitrice chuchote aux candidates ses corrections pour elles seules, dans un langage mystérieux que ses gestes hautement dramatiques rendent pourtant très lisible.

Vivement demain!

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Au troisième jour du Prix, la neige tombe sur Lausanne. Sur les hauteurs de la ville, le Théâtre de Beaulieu ressemble à présent à un sanctuaire. Une sorte de camp retranché, protégé du froid, lumineux, ignorant de la rumeur extérieure et des ennuis du monde. Une petite société s'est recréée ici, vivant de sa vie propre, travaillant, riant, souffrant à son rythme.

Pour les candidats, l'effort trouve enfin à s'incarner sur scène. Le filage des variations classiques leur a permis hier de s'accoutumer à la scène en pente et de trouver le placement adéquat. Aujourd'hui, le travail gagne en profondeur grâce aux répétiteurs qui viennent leur apporter corrections et conseils personnalisés. Toute la journée, le théâtre retentit des musiques de Minkus, d'Adam ou de Tchaïkovsky, rejouées jusqu'à la nausée à grand renfort de haut-parleurs. Et pendant ce temps-là, le jury de M. Andersen travaille lui aussi... Dans le grand studio, on évalue le cours de contemporain...

Entrée en scène ce matin des garçons de 17/18 ans, pris en main par Patrick Armand, cette fois en tant que répétiteur. Au hit-parade des variations : Basilio encore et toujours - avec des résultats plus ou moins heureux lors de ces répétitions -, mais aussi Albrecht, et surtout James... Les candidats de l'édition 2009 l'avaient presque oublié, on ne pourra que se réjouir d'un retour en force de la technique romantique, a fortiori en cette année danoise... La variation de Bournonville, d'une complexité vraiment dansante, réserve du reste quelques jolies surprises en termes de prestations... On est loin des exploits circassiens des Corsaire de théâtre, mais on y apprécie d'autant plus le travail de précision tout en finesse et en musicalité qu'elle exige. Au rayon des corrections,  pas de pitié pour les imprécisions techniques ou le défaut de propreté dans le mouvement : Patrick Armand se montre d'une rigueur extrême, notamment pour le placement dans les sauts ou les tours – soumis parfois à rude épreuve -, n'hésitant pas à faire reprendre aux candidats partie ou totalité de leur variation.

Séance de répétition pour toutes les filles, regroupées encore par tranche d'âge, tout de suite après le déjeuner. Viviana Durante, l'ancienne étoile italienne du Royal Ballet, fait son entrée dans la compétition lausannoise, succédant à Monique Loudières au poste de répétitrice. Coppélia  et la troisième Ombre toujours plébiscitées chez les plus jeunes, et, petite nouveauté de l'année, gros succès d'Aurore chez les plus âgées, en marge des Kitri et autres Gamzatti... Peut-être les candidates savent-elles que Viviana a justement été filmée jadis dans La Belle au bois dormant... Les corrections sont d'ordre technique bien sûr, mais plus encore stylistique. Et à vrai dire, la variation de Giselle, notamment, en a parfois bien besoin... Plus de simplicité dans le geste, moins de maniérismes dans les bras ou les mains, des levers de jambe moins spectaculaires... Le professeur a l'oeil exercé et la correction sereine, mais impitoyable... Parfois, l'on se dit aussi que telle ou telle candidate, au-delà de ses évidentes qualités professionnelles, n'a pas toujours su choisir la variation la plus conforme à son tempérament et à ses dons.

Au fait, et les variations contemporaines?... Le classique, c'est bien, mais quid de Cathy Marston et Christopher Wheeldon, les nouveaux chorégraphes du Prix de Lausanne?... Eh bien, le mystère sera levé dès demain...

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Avant d'évoquer la deuxième journée de la compétition, une image de celle de la veille nous reste à faire partager. On se permet de la dessiner à gros traits, sans livrer pour autant d'interprétation ou de morale à l'histoire. On complétera en toute liberté les pointillés. Hier soir, en quittant le théâtre, un théâtre presque vidé de ses habitants, déserté en tout cas de la quasi-totalité de ses candidats, partis chercher un repos bien mérité, une jeune fille, une Chinoise, dont on n'a pas retenu le numéro de dossard (qui importe peu, en l'occurrence), est encore là, seule en train de travailler ses tours à l'italienne au milieu de l'arrière-scène, entourée d'un petit groupe de ses familiers, concentrée, indifférente au reste du monde... Voilà pour la carte postale lausannoise du jour...

Lausanne, jour 2.

Après une entrée en matière « en douceur », encore délestée de la pression de l'évaluation, les candidats du Prix de Lausanne ont à jongler en ce deuxième jour entre les cours de classique et de contemporain et le filage sur scène des variations classiques. Comme eux, on court fébrilement d'un studio à l'autre, de l'arrière-scène à la salle même du théâtre, saisissant ici une série d'enchaînements, observant là leurs premiers pas sur scène. Difficile de tout voir, on se contente parfois de voler quelques instants d'un cours ou d'une répétition...

Le cours de classique est aujourd'hui noté par le jury, dont les membres, installés côte à côte derrière une longue table dans le studio 2, jaugent les candidats le crayon à la main et dans une position plus conforme à leur statut traditionnel. L'ambiance se ressent de cette pression extérieure : les sourires sont parfois un peu forcés sur les visages hautement concentrés des candidats, le geste se veut plus accompli qu'à l'ordinaire, tout signe de fatigue ou de douleur est soigneusement camouflé, et les regards adressés au jury miment, au choix, la fierté de danser, l'autorité ou l'assurance... A part ça, c'est un vrai plaisir de regarder Cynthia Harvey marquer les  différents enchaînements avec les candidates les plus âgées, tant son geste simplement esquissé paraît tout à la fois élégant, précis et accompli... C'est là que l'on comprend le sens de la notion de « modèle » et que l'on mesure en même temps le chemin qui reste à parcourir pour toutes ces jeunes danseuses, aussi belles, talentueuses et douées soient-elles...

Du côté des garçons, beaucoup d'enthousiasme se dégage du petit groupe des 15/16 ans. Impossible en tout cas de faire la fine bouche en les regardant reprendre les enchaînements complexes concoctés par Patrick Armand, riches de sauts, de batterie et de pas intermédiaires, exigeant précision et vélocité. Deux par deux, à gauche, à droite, à droite, à gauche, le jury de Frank Andersen en redemande, les candidats obtempèrent, et nous avec. Et parmi ces huit, il y en a sans doute un, tout particulièrement, qui a de quoi rendre un public, aussi réduit soit-il, heureux... On taira son nom pour l'instant. Just looking forward to seeing him again...

En même temps que se déroulent les différents cours, tous les candidats sont invités, par sexe et par groupe d'âge, à filer leur variation classique sur la scène du théâtre. Cinq minutes par candidat, cinq minutes pour s'essayer, cinq minutes pour tenter de se placer dans un environnement inédit, cinq minutes où l'on peut encore oublier de devoir convaincre à tout prix. Effet peut-être du nouveau sol en pente aménagé dans le grand studio auquel les candidats ont été frottés dès hier, aucune chute, aucune hésitation franche n'est à relever comme l'an dernier dans les mêmes circonstances... Pour le reste, le travail stylistique pourra être affiné dès demain auprès des répétiteurs. Mais laissons la journée se terminer à son rythme : pendant que nous écrivons résonnent encore de la scène les notes des Sylphide et autres Don Quichotte...

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Début des hostilités ce matin pour tous les candidats du Prix de Lausanne...

Premier rendez-vous à l'arrière-scène du Théâtre de Beaulieu. Mot de bienvenue de Wim Broeckx, président du comité artistique, et recommandations d'usage : danser certes, gagner oui, mais aussi boire, manger, se reposer, dormir... Interprètes au garde-à-vous, prêts à transmettre le message dans les  différentes langues représentées durant la compétition. L'Asie, dans sa diversité, reste une force difficilement évitable, on ne s'en étonnera guère... Quelques candidats, initialement sélectionnés, manquent malheureusement à l'appel, pour cause le plus souvent de blessures survenues au dernier moment...

Le baptême du feu, c'est pour les plus jeunes et pour les filles, qui débutent la journée par un cours de danse classique donné par Cynthia Harvey, qui officie à Lausanne en tant que professeur pour la deuxième année consécutive. Le jury est là en observation, avec ses neuf membres installés par paires aux quatre coins du studio 2. L'évaluation, ce sera pour demain... Coup de théâtre toutefois, et par la même occasion, ambiance inédite, avant que le cours ne commence : le président Frank Andersen fait fi de son piédestal, descend dans la fosse aux lions, s'approche des candidats, se présente à eux, présente ses collègues et salue personnellement chacune des candidates, prenant parfois le temps de leur demander d'où elles viennent... Petit discours de bienvenue et d'encouragement, d'où ressortent les notions de travail, de sacrifice et de coeur.  On applaudit. Après la barre, Cynthia Harvey aura aussi droit à son hommage. On applaudit encore... Mr Andersen, this is your day!

Vingt filles dans ce groupe des 15/16 ans, et à vrai dire, bien difficile de distinguer une personnalité saillante, au-delà des qualités techniques et physiques partagées que l'on perçoit comme une évidence chez les unes ou chez les autres. Une Cubaine aux longues jambes, une Américaine à l'air encore d'une enfant, une Française au physique de rêve et au prénom d'actrice, une Japonaise habile et délicieuse, mais encore?... La scène, une fois de plus, devra être le révélateur de ce je-ne-sais-quoi que la classe ne parvient pas forcément à mettre en valeur lors de cette leçon inaugurale. Cynthia Harvey insiste tout particulièrement sur la propreté des positions dans les fermetures, sur les appuis au sol, sur la liberté du haut du corps.. Un cours très musical, un adage complexe, des chausse-trappes et des changements d'accents qui semblent parfois en laisser certaines un peu surprises... Mais ce n'est que le début... 

Les garçons de la même tranche d'âge entrent en scène aussitôt après les filles. Patrick Armand, également chargé cette année des répétitions des variations classiques, donne le cours. A nouveau, face à ces messieurs, Frank Andersen en grand seigneur. Ils ne sont que huit dans le groupe, on les observe avec intérêt... Rien d'étonnant, cette année encore, les personnalités paraissent d'emblée plus lisibles chez les garçons que chez les filles... L'appel des nourritures terrestres fait pourtant son oeuvre, on  s'éclipse, on aura le temps de les revoir plus tard...

Après déjeuner, leçon de danse contemporaine pour les 15/16 ans, filles et garçons mélangés, avec Didy Veldman, chorégraphe free-lance formée à l'Académie Scapino de Rotterdam. Détail inédit parmi les nouveautés de l'édition 2010 : un sol en pente, qui reproduit exactement celui de la scène du théâtre, a été aménagé dans le grand studio. Pas bête pour répéter les variations... On cherche une place dans la mezzanine pleine à craquer. Cours accompagné par un pianiste, percussionniste, et chanteur à l'occasion... On travaille sur les appuis au sol, les isolations, les pliés... Sur la musique, les rythmes et les accents toujours. Des candidats semble-t-il ouverts, remplis d'énergie et de volonté, face à cette manière différente d'appréhender la danse et le placement du corps. Dur, dur pourtant de relâcher son corps, de le tenir en-dedans, sans chercher à « faire joli », quand celui-ci est habitué aux contraintes du classique... En termes de notation finale, cette partie-là compte cependant pour eux tout autant que le reste. 

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